Cet exposé portera sur la mise au point d’outils de diagnostic du fonctionnement et de la dynamique des prairies permanentes de milieu océanique et montagnard. Ces outils de diagnostic sont basés sur différents indicateurs de fonctionnement des prairies : la flore, la nutrition minérale, et vous le verrez cet après-midi, la hauteur d’herbe sur le pâturage. Ces outils sont rassemblés dans une plaquette qui vous a été distribuée dans les documents.
En fait, ce travail rassemble une quinzaine d’années de recherche.
Il a été réalisé par un groupe de chercheurs du SAD (systèmes agraires) et de station d’agronomie de l’INRA de TOULOUSE.
La plaquette a été réalisée avec le Groupe régional Fourrages.
Cela a été un travail coordonné par Annick GIBON.
La végétation des prairies permanentes peut être vue de différentes façons
D’abord, comme une ressource pour alimenter les animaux, avec les aspects quantité et qualité, qui évoluent dans l’espace et dans le temps. Mais c’est aussi un patrimoine écologique.
On ne peut plus ignorer le mot biodiversité, même si c’est quelque chose d’assez compliqué et qu’il y a différents sens pas toujours simples à comprendre et à faire passer. Mais la richesse spécifique des prairies, est maintenant un objectif qui devient important et même prioritaire par rapport à des aspects de production, dans certaines zones un peu marginales. C’est un aspect très important à prendre en compte et il y a de grosses études écologiques entreprises sur ce sujet comme, par exemple, les phénomènes de compétition entre espèces, qui sont directement liés aux pratiques de gestion, ou les aspects paysagers où d’autres types de processus jouent comme les problèmes de colonisation. Les espèces sont à un endroit à un moment et elles ont toujours envie de changer d’endroit, de trouver un autre site où elles pourraient être mieux. Tout un ensemble de travaux et d’outils nécessaires pour comprendre les stratégies des espèces et la façon dont elles vont évoluer dans un territoire ont été entrepris.

On va essayer de recentrer la présentation des outils qui tournent autour de la ressource pour assurer l’alimentation des animaux. Les objectifs assignés aux prairies sont donc, je passe rapidement, de produire de l’herbe d’une qualité avec une quantité donnée à une période voulue, la plus apte à être en relation avec la demande des animaux. Donc, il y a toujours un compromis à trouver entre ce que peut produire la prairie et ce que veulent les animaux ; entre les objectifs de production, les besoins, le calendrier des besoins des animaux et aussi les calendriers de production de la prairie et les moyens de l’agriculteur sur son exploitation pour récolter, distribuer et valoriser la ressource.
Nous allons essayer d’être encore plus simple que ce que nous avions fait dans le document qui vous a été distribué.
Le problème peut être posé de la façon suivante : les points bleus, ici, sont des parcelles et ce qui nous paraît important, c’est de pouvoir situer une ou plusieurs parcelles dans cet espace. Cet espace a deux dimensions, c’est un espace relativement simple, conditionné d’une part par la fertilité de la parcelle, (qui va influencer la productivité de la végétation). Cette fertilité va dépendre pour une bonne partie des pratiques de fertilisation de l’agriculteur mais aussi pour une partie non négligeable du milieu : il y a des potentialités très différentes d’une situation à l’autre et d’autre part par la façon dont cette production va être prélevée par les pratiques de l’agriculteur. On obtient donc un plan dans lequel il est possible de situer toutes les parcelles ou un ensemble de parcelles appartenant à une exploitation ou à une même portion de territoire.

Dans cet espace, on ne peut pas se promener partout. Tout de suite, je voudrais introduire la notion d’intensité d’utilisation ici de 100 %. En fait, cela correspond à la production pour un niveau de fertilité donnée, à un niveau d’utilisation maximale, totale de ce qui est produit. Donc où tout ce qui est produit est utilisé, ce qui est l’objectif théorique de ce que l’on voudrait atteindre pour tout type de parcelle. Cet objectif n’est pas à rechercher uniquement dans les parties les plus fertiles. Pour une parcelle moins fertile, donc qui va moins produire, on peut aussi essayer de valoriser l’ensemble de, la production de cette parcelle. Donc cela définit une droite, qui représente l’intensité d’utilisation maximale. On peut ainsi représenter comme ici une droite qui correspondrait à 50 % d’intensité d’utilisation donc où 50 % de ce qui est produit est utilisé.

En comparant plusieurs centaines de parcelles, au cours de nos travaux, on a, dans cet espace, défini plusieurs zones. La frontière correspondant à un taux d’utilisation de 100 % est infranchissable : on ne peut consommer plus que ce qui a été produit, sauf à manger des racines. Donc il y a une limite physique dans laquelle il n’y a pas de parcelle. Cette frontière limite aussi une zonedans laquellese situent un certain nombre de phénomènes, en particulier des problèmes d’invasion par des plantes annuelles. Il ne faut pas oublier que dans une exploitation à la limite des capacités du milieu, on a souvent des trous dans la prairie, du sol nu et donc invasion par des espèces annuelles qui vont ensuite poser des problèmes de pérennité de la végétation.
D’un autre côté, on constate, en comparant tout un ensemble de parcelles, qu’il y a une frontière qui sépare tout ce qui est végétation herbacée (donc du domaine de la prairie permanente pluri-spécifique), des zones où l’on constate une invasion par les ligneux ; cette frontière correspond à des taux de consommation suffisamment bas (pour un niveau de fertilité donnée) pour permettre l’envahissement par des espèces ligneuses.
Sur le schéma initial, on a maintenant le domaine de la prairie permanente, le domaine où se situent les problèmes liés à une sur-utilisation et une zone où se situent les problèmes d’invasion par sous-utilisation.
Dans cet espace-là, toujours à partir d’un ensemble de travaux, nous avons défini les caractéristiques indicatrices des espèces.
Je prends un exemple : ici, le lotier corniculé. En fait, on peut définir, en comparant tout un ensemble de parcelles, où se situe le barycentre, le centre de gravité de l’espèce en question. Et on peut définir des courbes d’iso-densité ou d’iso-fréquence de rencontre du lotier. Evidemment, il est beaucoup plus probable de le rencontrer près de sa zone de fréquence maximale. C’est sa préférence écologique. Ensuite, il peut y avoir une présence dans un espace plus ou moins grand, lié à la gestion des prairies.
Il peut y avoir des espèces occupant un espace très restreint, on appelle cela "la niche écologique", terme maintenant bien connu par tout le monde. Il peut y avoir des niches très étroites. Il peut y avoir aussi des espèces qui sont présentes sur l’ensemble du schéma, comme par exemple le dactyle qui est une espèce que l’on trouve partout. Donc, immédiatement, on va comprendre que le dactyle n’est pas un très bon indicateur écologique. Par contre, le lotier serait une espèce indicatrice.
Dans ce plan, j’ai situé un certain nombre d’espèces que vous connaissez, avec leurs préférences donc leur centre de gravité. Dans les zones à faible niveau de fertilité, on trouve la brize, la fétuque rouge, le brachypode. Dans les zones d’enfrichement on peut trouver des arbres ou des arbustes à certains endroits par exemple ici : le noisetier. Dans les zones de fertilité élevée, et à forte intensité de prélèvement on trouve le ray-grass et le trèfle blanc.
Le dactyle est repéré ici par son centre de gravité mais, en fait, il est partout. Cela veut dire qu’il y en a dans toutes les situations y compris du côté des friches nitrophyles très riches dont on ne parlera pas ici mais qui existent.
J’ai représenté ici quelques espèces mais on a situé environ 200 espèces prairiales que l’on rencontre dans la région. Il faut voir aussi, car il peut y avoir des objectifs contradictoires, le nombre d’espèces représenté ici par une grande flèche rouge : on s’aperçoit que l’on a 20 à 25 espèces pour une parcelle de prairie permanente moyenne, et quand la fertilité baisse fortement, à l’autre bout du gradient, on arrive à 60 espèces et plus. Donc, en terme de bio-diversité, dans un cas c’est riche et, dans l’autre, c’est pauvre, pourtant, dans le premier cas, c’est productif et dans le second cela l’est moins.
Également, il y a une influence du niveau de prélèvement, par exemple ici, à un niveau de fertilité important, le nombre d’espèces est beaucoup plus faible dans une zone de sur-utilisation que dans une zone de sous-utilisation. Là aussi, à un niveau de fertilité donnée, l’intensité de prélèvement est un facteur de diminution du nombre d’espèces.