Les produits phytosanitaires sont des préparations contenant une ou plusieurs substances actives qui protègent les végétaux des organismes nuisibles (autres végétaux, insectes, acariens, limaces, champignons microscopiques, etc.) ou assurent la conservation des produits végétaux. Ces substances actives sont des molécules organiques de synthèse, mais aussi des molécules naturelles ou encore des corps simples comme le cuivre et le soufre.
Pourquoi utilise-t-on des produits phytosanitaires ?
Pour l’agriculture, l’absence de protection phytosanitaire se traduit par la réduction des quantités produites, l’altération de la qualité du produit, l’augmentation de risques sanitaires (mycotoxines) et la dégradation de l’aspect visuel, ou bien encore la difficulté de récolter des produits purs, sans graines indésirables.
Réduire les risques pour l’applicateur
Les produits de traitement peuvent nuire à la santé de l’applicateur s’il n’est pas bien protégé. Une intoxication aiguë, lors d’une exposition accidentelle, se manifeste par des troubles cutanés, digestifs, respiratoires, musculaires, nerveux, cardiovasculaires. Plus néfastes sont les risques d’intoxication chronique, résultant d’une exposition fréquente et prolongée à des doses faibles. Ils peuvent provoquer des troubles du système nerveux, des effets cancérigènes et mutagènes, des troubles de la reproduction et des perturbations endocriniennes. Un travail important est mené par les services Prévention des mutualités sociales agricoles et par le groupe régional "Phyto santé sécurité au travail".
Les conséquences pour l’environnement
Des pollutions ponctuelles ou accidentelles peuvent se produire lors de débordement de cuve au remplissage, de vidange ponctuelle des fonds de cuve et des eaux de rinçage par exemple. Des moyens simples et pas forcément onéreux existent pour limiter ces accidents. Un arrêté en cours de rédaction, encadrera ces pratiques.
Les pollutions diffuses comprennent d’une part le brouillard de pulvérisation qui peut contaminer l’air, l’eau, la flore et la faune environnant la parcelle traitée, d’autre part le transfert de résidus phytosanitaires à travers les sols vers les eaux superficielles ou souterraines après les pluies.
Le Gramip (Groupe régional d’action pour la réduction des pollutions par les produits phytosanitaires en Midi-Pyrénées) a mis en place en 2004 un réseau de surveillance de la qualité des eaux vis à vis des phytosanitaires [1]. Un constat : ce sont surtout des herbicides que l’on retrouve dans les eaux. Les résultats 2004 sur les eaux souterraines montrent la présence, surtout, des triazines (atrazine et dérivés, simazine). En eaux superficielles, on trouve peu d’atrazine en 2004 mais en revanche le métolachlor, désherbant de cultures d’été, est souvent détecté tout le long de l’année. Il apparait d’ailleurs aussi en augmentation dans les prélèvements d’eaux souterraines.
En 2002, environ 4% de la population permanente de Midi-Pyrénées a été alimentée par une eau présentant occasionnellement des non-conformités [2] vis à vis des pesticides (PRSE 2005). En 2003, pour le territoire du bassin Adour-Garonne le taux de non conformité a été de 5,5%.
Des prélèvements dans l’air et dans les eaux de pluie ont été réalisés en Midi-Pyrénées pendant un an sur 2 sites en zones non à peu agricoles. On y a retrouvé des substances actives (un fongicide et des herbicides) : les molécules phytosanitaires peuvent donc se déplacer sur des distances non négligeables.
Comment limite-t-on ces effets indésirables ?
Par des démarches incitatives ou volontaires
A destination des agriculteurs utilisateurs de phytosanitaires, elles concernent :
la sensibilisation aux bonnes pratiques phytosanitaires,
le diagnostic volontaire des pulvérisateurs,
l’organisation de la collecte des déchets phytosanitaires (emballages vides et produits périmés),
les démarches de lutte raisonnée en viticulture, de protection fruitière intégrée,
l’accompagnement de la mise en place des mesures agri-environnementales et en particulier de la mesure 0801 "raisonnement de la lutte phytosanitaire".
Par la voie réglementaire
La réglementation est dense, multiforme et en constante évolution. Elle concerne de nombreux points : de l’homologation des substances actives à la gestion des déchets phytosanitaires. Quelques exemples parmi les plus significatifs.
Suite à la Directive européenne de 1991, un programme de réévaluation de substances actives existantes a conduit au retrait d’un grand nombre de substances actives : 324 en 2003, une centaine en 2004. Ces retraits posent des problèmes aux agriculteurs qui se retrouvent souvent sans solution de remplacement.
Avec la réforme de la PAC, le paiement des aides est conditionné au respect de bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE). Une mesure importante est la mise en place d’un couvert végétal sous forme de bandes enherbées de 5 mètres minimum le long des cours d’eau pour les agriculteurs cultivant des céréales et des oléoprotéagineux . Ceux-ci doivent implanter l’équivalent de 3% de leur surface de grandes cultures en bandes enherbées. Cette mesure radicale va protéger un important linéaire de cours d’eau et ruisseaux et limiter les risques de pollution diffuse des eaux superficielles.
Dans le même objectif de réduire les pollutions diffuses, la réglementation oblige tous les agriculteurs à respecter une zone non traitée en bordure des cours d’eau. Sa largeur dépend des caractéristiques propres de mobilité de chaque substance active : ces zones peuvent aller de 1 à plus de 100 mètres selon les produits. Un projet d’arrêté vise à simplifier ces distances en ne faisant que 4 classes (5, 20, 50 et plus de 100 mètres). Si l’agriculteur implante un dispositif végétalisé de 5 m minimum le long des cours d’eau, la zone sur laquelle il est interdit de traiter est réduite à cette bande de végétation.
Par des plans d’actions
Aujourd’hui, il n’existe pas de législation européenne du même type que celle mise en place pour la lutte contre la pollution diffuse par les nitrates en 1992. Un plan national phytosanitaire a été lancé en août 2000 avec un volet national et des volets régionaux conduits par des groupes régionaux phytosanitaires. Le groupe régional phytosanitaire de Midi-Pyrénées a été créé en mars 2001 ; il incite à la conduite d’actions territorialisées sur la base du volontariat. Chaque département a été invité à définir une ou des zones d’actions prioritaires (ZAP) et à définir des plans d’actions dans ces zones.
La directive cadre européenne sur l’eau publiée en 2000 et transcrite en droit français en 2004 vise le bon état des eaux pour 2015. La démarche consiste à découper le territoire en masses d’eaux superficielles et souterraines, à en faire l’état des lieux et à engager des actions pour la reconquête de la qualité des eaux. L’état des lieux en Midi-Pyrénées a défini 26 masses d’eaux de rivière et 9 masses d’eaux souterraines en "risque de non atteinte du bon état" (RNABE) en 2015 du fait des produits phytosanitaires.
Pour chaque ZAP ou masses d’eaux en RNABE pesticides, des plans d’actions doivent être mis en oeuvre.
Pour plus d’efficacité environnementale, les actions sont territorialisées ou zonées. C’est l’orientation donnée par les pouvoirs publics et les agences de l’eau. 2 axes :
>> Limiter les pollutions ponctuelles
Pour ce faire, il est proposé la réalisation d’un diagnostic exploitation et la recherche de solutions simples et peu onéreuses pour être en conformité avec la réglementation ou les préconisations de l’agriculture raisonnée et des bonnes pratiques phytosanitaires.
>> Limiter les pollutions diffuses
Les actions possibles n’ont pas toutes la même faisabilité technique et économique et peuvent engendrer des surcoûts, une augmentation du temps de travail ou une augmentation des risques qui sont autant de freins à leur adoption par les agriculteurs. Elles peuvent se ranger en 4 catégories :
Raisonnement des pratiques : l’action principale reste le raisonnement de la lutte phytosanitaire (réduire fortement les interventions systématiques et n’intervenir que de façon raisonnée), mais on trouve aussi le choix de variétés résistantes, tolérantes ou peu sensibles, ou la prise en compte des prévisions de pluies avant de décider de traiter.
Aménagement de l’espace : l’action principale est de mettre en place une végétation de protection des voies d’eaux (bandes enherbées permanentes le long des cours d’eaux, dispositifs enherbées dans les versants limitant le ruissellement, maintien ou implantation de boisements de berges, entretien et plantation de haies, enherbement naturel des entrées de champ ou des chemins).
Adoption de pratiques préventives ou complémentaires utilisant moins d’intrants chimiques : telles la diversification des rotations, les travaux du sol limitant le ruissellement (en travers de la pente ou sans labour), des techniques de désherbage incluant des interventions mécaniques à la place de traitements chimiques, méthodes de lutte biologique (et confusion sexuelle), enherbement permanent des interrangs en cultures pérennes.
Alternance ou substitution de substances actives : alternance des stratégies de désherbage et des molécules utilisées et choix des substances actives en fonction de leur potentiel de mobilité et de leur dose.
En conclusion
Si l’on ne peut se passer de toute utilisation des produits phytosanitaires, tout doit être mis en oeuvre pour en maîtriser l’usage et réduire les effets indésirables : recherche de nouvelles molécules moins dangereuses, techniques alternatives (pour le désherbage notamment), strict respect des doses et des conditions d’application.... La profession agricole, pour ce qui la concerne, s’est clairement engagée dans cette voie.
Chiffres-clés 2004
76 100 tonnes de produits phytos vendus en France, dont 57 300 t de produits organiques de synthèse et 18 800 t de cuivre et de soufre (fongicides de la vigne et de l’arboriculture).
La France est le 1er utilisateur européen en tonnages et le 3° mondial ; les quantités vendues sont en baisse depuis 1999 et en 2004 sont les plus faibles depuis 1990.
590 substances actives autorisées en France et 2170 produits commerciaux.