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L’azote
Auteur : Jean-Philippe ROBERT

 
Après tous les facteurs climatiques et parmi tous les éléments nutritifs des plantes, l’azote est considéré comme le facteur principal et l’élément moteur de la croissance.

Fertilisation azotée de la prairie

Le raisonnement de la fertilisation azotée doit se faire pour chaque cycle de production car il prend en considération les objectifs de l’éleveur qui cherche à satisfaire les besoins d’un troupeau à une période donnée et doit répondre également aux besoins immédiats des plantes.

L’apport d’azote induit deux effets principaux sur la production d’une prairie comme vous le voyez sur la figure du bas représentant les courbes de production de matière végétale au cours d’un cycle selon différentes doses d’azote

-  L’azote agit sur la quantité d’herbe produite à une date donnée, c’est ce que nous avons appelé l’effet sur le rendement.
-  Il agit aussi sur la précocité de production. Une production donnée comme ici de 1,5 T de matière sèche pour un pâturage précoce est obtenue plus tôt pour une prairie mieux alimentée en azote.

Raisonner la fertilisation azotée par la méthode du bilan

Raisonner la fertilisation azotée consiste à déterminer pour chaque cycle de production quels sont les besoins de la prairie (à droite sur la figure) et d’évaluer et ajuster les sources d’azote disponibles (sur la colonne de gauche).

C’est la méthode du bilan utilisable sur tout type de culture.

On rencontre cependant quelques difficultés lorsqu’on raisonne cycle par cycle.

Parlons tout d’abord des besoins : à droite.

Ils dépendent :

-  premièrement des objectifs de production de l’éleveur pour la période donnée et donc du mode de récolte du fourrage (ensilage, foin ou pâture).
-  deuxièmement des caractéristiques pédoclimatiques de chaque cycle.
-  troisièmement du type et de la composition de la prairie.

Mais si on peut assez facilement déterminer ces besoins par les équations Lemaire lorsqu’on recherche une production maximale donc à un niveau d’azote non limitant, il est beaucoup plus difficile de les évaluer pour une production recherchée intermédiaire, entre le niveau "sans azote" et le "non limitant".

De même les sources d’azote (à gauche) se découpent en deux blocs :

-  celles que l’on connaît ou peut connaître, correspondant aux apports d’engrais (de ferme ou inéraux),
-  et celles que l’on a beaucoup de mal à chiffrer puisqu’elles dépendent fortement des conditions de minéralisation dans le sol.

Ainsi on ne connaît pas les fournitures du sol pour chaque cycle. La contribution des légumineuses (évaluée à 45 unités par tonne de matière sèche de légumineuse produite) ne peut être déterminée pour un cycle donné. Les déjections au pâturage sont fonction de l’intensité du pâturage, on les néglige souvent au printemps.

Et même pour les engrais, on connaît mal leurs coefficients d’efficacité ou d’utilisation pour chaque cycle.

Face aux difficultés de paramétrage de ce bilan encore bien théorique, on a donc recours aux références régionales qui servent de base aux préconisations.

Je ne vous développerai pas les tableaux de préconisations contenus dans le document et que vous pouvez consulter, mais je vais vous présenter les références obtenues après dix années d’observations dans la région des Monts de Lacaune où je sévis.

Essais fertilisation Monts de Lacaune

Vous pouvez observer sur la figure la production moyenne de prairies temporaires et ;naturelles essentiellement à base de graminée en fonction de doses croissante d’azote apportées.

A partir de ces observations, on peut par exemple conseiller pour une production objectif annuelle de 8 tonnes de matière sèche par hectare et pour une prairie de graminée pure :

- 120 unités d’azote apportées début mars pour un ensilage au 25 mai. - 80 unités d’azote apportées fin mai pour une fauche de 2ème coupe au 30 juin. - Pas d’azote pour une pâture à partir du 15 août.

Pour valider à posteriori ces préconisations, on peut utiliser les indices de nutrition azotés IN obtenus à partir d’analyse du végétal d’une manière analogue à celle développée pour le phosphore et le potassium.

Essais fertilisation de Marsac

Pour une association graminées légumineuses, l’essai de Marsac dans le Tarn montre quelle peut être la contribution azotée du trèfle blanc. Lire. Sur la figure, on constate que l’association Dact TB sans azote produit autant qu’un dactyle pur recevant une dose annuelle totale de 240 unités.

La contribution de la légumineuse dépend de la proportion de trèfle blanc, elle-même tributaire de la fertilisation azotée de la prairie.

Plus pratiquement maintenant quand faut-il apporter l’azote sur les prairies ?

Pour un 1er cycle, l’apport doit se faire un peu avant le démarrage de la végétation en fin d’hiver. Ceci correspond à la date atteinte lorsque la somme des températures moyennes en base zéro atteint 200 degrés jour à partir du premier janvier.

Pour les cycles suivants la croissance redémarre immédiatement et il faut apporter l’azote le plus tôt possible après une exploitation.

L’azote sous quelle forme ?

Différentes formes d’engrais minéraux peuvent être utilisés pour les différents cycles mais les apports doivent tenir compte des pertes dont les plus importantes sont par volatilisation.

Il vaut mieux réserver l’emploi d’engrais volatils comme l’ urée par temps frais et sur sol humide mais toutes les formes peuvent aussi être employées.

Par contre, par temps chaud et sur sol sec, il faut utiliser des formes à dominante nitrique comme l’ammonitrate.

Mais il faut considérer les engrais minéraux azotés comme complémentaires des engrais de ferme disponibles. Je laisse la parole à mon collègue Philippe LORTHIOS qui va vous en parler plus précisément.