Nous avons vu ce matin lors de la présentation des bilans apparents qu’il existait de forts déséquilibres sur les exploitations qui avaient été étudiées et qu’un des responsables en était, en grande partie, les engrais de ferme, avec une utilisation qui n’était pas très rigoureuse et qui automatiquement donc créait des déséquilibres.
En matièrede valeur agronomique des fumiers et des lisiers, puisque on va rajouter les lisiers, on peut estimer qu’il faut plus parler pour un agriculteur non plus d’élimination de ces sous-produits mais de valorisation par rapport à leur teneur en azote, potasse, phosphose etautres éléments.
A titre d’exemple, je vous ai mis sur ce transparent les quantités totales d’éléments fertilisants pour soit 20 tonnes de fumier, soit 20 mètres cubes de lisier non dilué. Il faut quand même faire très attention, les facteurs de dilution vont automatiquement abaisser ces valeurs. Pour un bovin-lait : 90 unités d’azote, 60 unités d’acide phosphorique et 160 unités de potasse.
Donc vous voyez que que ce soit pour les fumiers ou les lisiers nous avons des quantités d’éléments fertilisants disponibles qui ne sont pas négligeables, qui méritent quand même d’être raisonnés pour une meilleure gestion de ces engrais de ferme. L’économie potentielle n’est pas négligeable puisque par rapport aux besoins d’une prairie, elle peut s’estimer entre 400 et 600 francs l’hectare, si l’on prend une base de 3 francs l’unités d’azote, 3 francs pour le phosphore, 1,80 à 2 francs donc le chlorure de potasse.
Mais ce n’est pas tout, les engrais de ferme contiennent également d’autres éléments. comme le soufre. En matière de soufre, sur un fumier d’ovin par exemple nous avons mis en évidence la présence de 80 unités de soufre, ça suffisait bien sûr aux besoins de cette prairie et parfois lors des essais que nous avons menés sur la station expérimentale de Fontaines du Causse, nous avons obtenus des gains de rendement qui allait de une à deux tonnes de matières sèches à l’hectare, donc ce n’est pas un élément négligeable. Trente à cinquante unités de magnésium également par rapport à ce fumier d’ovin et d’autres éléments que l’on appelle oligo-éléments (fer, zinc, manganèse,molybdène ...). Un élément qui est très important également, quelque chose qu’il faut peut-être démystifier c’est que ce ne sont pas les fumier et lisiers qui vont acidifier les sols . En effet on remarque des valeurs de PH moyennes sur les fumiers qui vont de 7.3 à 8.1 et sur des lisiers ça tombe entre 6.8 et 7.4. Ce sont donc des valeurs alcalanisantes qui sont dues aux ions positifs qui sont carbonatés de préférence.

Ceci était la quantité totale d’éléments fertilisants, voyons ce qui est utilisable l’année de l’épandage.
Tout d’abord, s’il s’agit d’un premier apport sur la parcelle concernée on peut estimer que 80 à 100 % du phosphore contenu dans le sous-produit sera disponible. En effet, l’acide phosphorique est sous forme principalement minérale, équivalente à un engrais de type bicalcique et donc on peut estimer que pour un fumier nous sommes à 100 % d’acide phosphorique disponible, pour un lisier à environ 80 %. Donc il n’y a pas de problème de disponibilité, il s’agit quand même d’un élément disponible l’année de l’épandage dans sa plus grande partie, 80 à 100 %.
Concernant la potasse, cet élément provient des urines des animaux et vous avez des sels qui sont très solubles. On estime que 100 % de cette potasse est disponible l’année de l’épandage.
Donc, quand on fait un raisonnement pour une meilleure gestion des engrais de ferme, ces deux éléments sont très intéressants, ils se raisonnent très bien en matière de
substitution à une fertilisation minérale mais on peut commencer à voir de sérieuses difficultés quant à l’utilisation de l’azote. En effet, sur une première année, on peut estimer qu’il y a environ 30 à 50 % de l’azote qui va être disponible, ça va dépendre de la période d’épandage, la prairie utilise quand même assez bien l’azote contenu dans ses sous-produits, fumier et lisier, mais au printemps le coefficient d’ utilisation est plus intéressante de l’ordre de 50 % alors qu’un apport automnal va réduire un peu ce coefficient d’utilisation.
Il est quand même assez difficile de raisonner l’azote apporté avec ces sous-produits, il faut bien savoir qu’il existe un autre phénomène que nous appelons les arrières effets puisque le reste de l’azote organique va se libérer progressivement les années suivantes, Ces arrières effets vont très souvent être fonction des rythmes d’apport .En effet plus on va apporter régulièrement des fumiers sur ces parcelles et plus ces arrières effets seront importants et ils vont se cumuler.
Si je voulais résumer cette intervention, par rapport aux besoins des prairies, 20 à 30 tonnes hectare de fumier ou 20 à 30 m³ de lisier peuvent être suffisants pour satisfaire ces besoins en phosphore. Pour la potasse ces besoins sont satisfaits en grande partie mais pour l’azote un complément minéral quand même assez important sera necessaire pour raisonner cet élément fertilisant.
Le compostage des fumiers
Je vais donc développer également l’intérêt et les contraintes que peuvent présenter la technique du compostage de ces fumiers. Tout d’abord, il s’agit d’une activité biologique naturelle. Un fumier ce sont des matières organiques fraiches qui, en présence d’oxygène, donc dans une phase aérobie, vont produire un compost. Alors qu’est-ce que le compost : ce sont des matières organiques qui ont évolué avec également production de gaz carbonique mais également d’ammoniac qui vont se votaliser dans l’atmosphère.

Donc ce phénomène est tout à fait naturel. Aucun ajout particulier n’est nécessaire. Il faut faire évoluer cette matière organique. C’est une fermentation aérobie qui peut être activée donc c’est à dire réoxygénée par un à plusieurs retournements. Le cortège microbien va fonctionner majoritairement en présence d’oxygène et pour cela il est très important de retourner régulièrement les andains constitués. Un intérêt principal du compostage c’est la perte de masse qui peut aller jusqu’à 50 % de la teneur en matière sèche du produit initial.
A titre d’information, nous avons obtenu sur la station de Fontanes, pendant une opération de compostage, sur un mois avec un retournement 25 % de pertes de matière sèche et lors du deuxième mois avec un deuxième retournement nous avons atteint 35 à 40 % de cette perte et ensuite pendant le troisième mois, en fin de compostage, nous avons obtenu 50 à 55 % de perte de masse. Donc vous voyez que le compostage permet de réduire les masses initiales du fumier.

Alors le compostage c’est principalement un phénomène de fermentation qui va provoquer un échauffement à l’intérieur de l’andain qui est dû à l’oxydation de la matière organique. Vous voyez sur ce graphique les températures qui sont obtenues au sein de l’andain. Il y a tout d’abord une phase d’hygiénisation dans les premiers jours qui fait que nous obtenons des températures importantes proches de 70° C et quand l’activité biologique va diminuer, va régresser, il va falloir procéder à un retournement. Il y a eu sur ce chantier trois retournements, dès que les températures n’ont pas atteint 50° C. En fin de compte la température idéale pour avoir une activité biologique de très bonne qualité se situe aux alentours de 55° C.
Donc, la constitution de l’andain a eu lieu en février, nous sommes allés très loin puisque nous sommes allés jusqu’en juillet ; mais deux retournements et parfois même un seul retournement peuvent suffire pour obtenir un compost de bonne qualité.
Fumier frais - fumier composté d’ovins : comparaisons
Un phénomène qui est également très intéressant pendant cette phase de compostage c’est la destruction des cortèges bactériens qui peuvent être pathogènes, nous voyons ici des tableaux qui mettent en évidence la présence dans des fumiers frais de certaines bactéries, de certains parasites. Eschérichia-coli ce sont des coliformes fécaux qui peuvent provoquer certaines diarrhées au niveau des animaux.
Dans le fumier frais nous avions 530 000 individus par gramme alors que dans l’andain composté, uniquement par ces phases thermophiles et d’augmentation des températures on avait des populations qui étaient inférieures à10 et donc il n’y avait plus de population très rarement quand même, produire des mammites. Là vous voyez de 2 500 000 individus on est descendu à moins de 100 individus, même chose pour les anaérobies sulfataux-réducteurs, les staphylocoques dorés.
Les salmonelles, on n’en a jamais trouvé, heureusement puisque ce sont des germes graves qui peuvent être mortels chez l’homme, vous avez déjà entendu parler des problèmes de salmonelle. On n’a jamais détecté ni dans les fumiers ni dans les composts mais vous voyez que les populations bactériennes sont fortement diminuées, alors ça ça veut dire que on arrive à obtenir une qualité très intéressante au niveau des composts surtout pour la protection de l’environnement et en particulier pour la protection des nappes.
On s’est rendu compte quand nous avions travaillé sur un fumier frais, dès qu’on mettait le fumier en dehors des étables et qu’il restait même simplement en dépôt. Quinze jours, un mois après la sortie des litières, on avait un abaissement considérable de la population bactérienne. En matière de parasitologie, on a retrouvé également des helmintes qui sont des strongles digestives, cela peut provoquer des gastro-entérites, vous voyez 2 000 larves sur un fumier frais, 75 larves sur les fumiers compostés. Par rapport aux coccidioses, on avait 1 450 ookystes on n’en a pas retrouvé au niveau du fumier composté. Donc destruction des cortèges bactériens, et des cortèges parasitaires, et destruction également des adventices et des mauvaises herbes, on reverra ça au niveau des intérêts et des contraintes.
Intérêt du fumier composté
Alors, pour se résumer le principal intérêt du fumier composté ce sont les quantités à épandre qui sont parfois diminuées de moitié. Cela permet pour un même temps de travail d’aller fertiliser des parcelles éloignées donc ce n’est pas négligeable, loin de là. On aura aussi moins de tassement du sol puisqu’on va apporter des quantités plus faibles, en effet entre un fumier composté et un fumier frais vous pouvez avoir des teneurs en éléments fertilisants : azote, phosphore, potasse qui vont du simple au double.
On va avoir des destructions de flore bactérienne et de parasites. Un produit qui est plus émietté et plus homogène avec un épandage plus facile, une répartition plus régulière et une possibilité également d’épandre près des habitations. Cela sent l’humus, cela ne sent plus les déjections, ça va créer moins de nuisances olfactives. L’utilisation sur les prairies pâturées, cela peut éviter bien sûr les pertes d’appétence des animaux. et rendre ainsi possible l’utilisation des composts sur prairie pâturée. Enfin, l’utilisation sur prairies fauchées est améliorée. En effet vous n’allez pas retrouver de paquets de fumier qui se constituent à cause d’épandage qui ne sont pas réguliers.
En matière de contraintes...
... on ne peut pas composter n’importe quoi et n’importe commment. Il faut quand même faire attention, en effet il faut penser à l’aération du tas qui est un phénomène essentiel pour une activité biologique de bonne qualité, il faut également penser à l’humidité du tas, de l’ordre de 60 %. Si vous avez des produits trop secs, vous n’allez pas avoir d’activité biologique, si vous avez des produits trop humides vous allez assister à un phénomène de compactage qui font que votre activité va mal se comporter.
Il faut également constituer des andains. On verra que ce n’est pas un simple tas de fumier que l’on peut monter à 3-4 mètres de haut, mais il faut respecter une certaine structure, une certaine configuration au niveau de l’andain. On ne peut pas non plus composter n’importe quoi. On s’est aperçu que les fumiers doivent être pailleux. En effet 5 à 7 kilos de paille par U.G.B. et par jour sont nécessaires pour obtenir un produit assez aéré, riche en matière végétale, qui va permettre d’obtenir un compost de bonne qualité.
Les andains vont occuper plus de place qu’un simple tas de fumier. En effet il ne faut pas atteindre des dimensions très importantes et on conseille des hauteurs de 1,50 mètre à 2 mètres, des largeurs de 3 à 4 mètres pour pouvoir passer avec des outils de retournement et pour pouvoir créer un effet de masse intéressant pour l’activité biologique. S’il s’agit de compostage avec des groupes d’éleveurs, en collectif, un retourneur d’andains peut être très intéressant et il est même parfois nécessaire, car il permet des gains de temps très intéressant mais l’investissement n’est pas négligeable, il faut compter environ 150 à 180 000 francs pour avoir un outil de qualité et ce n’est qu’en collectif qu’on peut faire cet investissement. Néanmoins, tous les travaux que nous avons réalisés à Fontaines du Causse nous les avons faits pour des exploitants qui n’auraient pas les moyens d’utiliser des retournements d’andains, donc à titre individuel et nous avons travaillé au godet et à l’épandeur à fumier et ça c’est très bien passé puisque à partir du premier mois nous retournions avec l’épandeur à fumier, cela permettait de constituer l’andain et cela nous permettait également d’avoir un produit très émietté. Donc en matière individuelle, le godet et l’épandeur à fumier peuvent tout à fait convenir pour le compostage.
Enfin au niveau de son coût, le coût du compost est identique au coût du fumier ce prix peut paraître élevé 1 000 francs par hectare mais c’est quand même le coût du chantier si l’on considère la main d’oeuvre et tous les outils nécessaires. Le temps que l’on va passer au compostage, on va le récupérer par rapport à la perte de masse, on va également le récupérer par rapport au nombre d’unités d’éléments fertilisants qu’on va apporter avec des quantités plus faibles et c’est pour ça qu’actuellement on va préconiser des quantités de compost qui vont être de 10 à 20 tonnes hectare. Nous avons obtenu des résultats qui allaient pour un fumier frais de 8 kilos d’azote par tonne de produit brut, nous sommes arrivés à 14 kilos pour le fumier composté, donc nous avons quasiment doublé la teneur en azote. Nous sommes passés de 2,6 à 5,5 pour l’acide phosphorique et de 16 à 25 kilos par tonne de produit brut pour la potasse. Donc vous voyez que l’on peut se permettre de réduire les quantités, fertilisation potassique, phosphorique pas de problème, azotée c’est encore un petit peu délicat et c’est pour ça que nous travaillons encore avec des compléments minéraux.