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Cultures innovantes et diversifiées en bio - avril 2006
Parti d’une quinzaine d’hectares autour d’une maison familiale, Benoît cultive aujourd’hui 0,8 ha de tabac, un verger de châtaigniers de 2,5 ha, et pratique une rotation en agriculture biologique avec céréales, lentilles, et jachère faunistique sur l’essentiel de la SAU, agrandie par fermage à 27 ha.

 


-  Pourquoi et comment avez vous mis en place ce projet ?

Je voulais, depuis toujours, devenir agriculteur. Sans être d’origine agricole, j’ai suivi un BTA, et un BTSA arboriculture. Puis, tout en étant salarié en espaces verts pour acquérir de l’expérience, j’ai produit quelques céréales sur ces surfaces familiales qui représentaient, pour moi, la base d’une installation future. Un licenciement économique a hâté la décision, mon souhait d’indépendance se concrétisait. Du patrimoine existant, outre les surfaces en culture, j’ai pu valoriser rapidement d’anciennes châtaigneraies, entretenues depuis toujours, elles ont été le point de départ pour la plantation du nouveau verger. Un ½ ha de tabac, production très fréquente dans le secteur, et quelques framboisiers sont venus conforter la structure, la production de tabac a doublé 2 ans plus tard. La surface a été agrandie par un fermage de 12 ha dont le faible potentiel agronomique a décidé l’orientation en céréales bio, pour valoriser par le prix au lieu de viser la quantité. Les productions végétales choisies sont bien combinées pour des besoins en travail étalés au cours de l’année, elles ont demandé un investissement limité à un minimum de matériel, une serre à tabac ...et du temps de montage et plantation.


-  Comment se situe votre exploitation sur le marché, dans votre territoire ?

Le tabac est une production sûre bien soutenue par la coopérative spécialisée. En châtaigne, la filière est plus récente, j’apprécie les échanges sur les pratiques et les résultats entre producteurs, c’est motivant. Les céréales bio sont vendus aux éleveurs bio de la zone, en complément de leur production et pour leur semis dans des espèces peu répandues comme l’avoine en bio, les lentilles correspondent à une demande des grossistes spécialisés. Toutefois, le contexte change, la démarche d’agriculture biologique était en plein essor lors de mon installation, elle est actuellement moins rémunératrice en céréales même si la vente intéresse toujours les éleveurs locaux, le marché reste encore ouvert pour les lentilles. Les voisins continuent à venir m’aider pour la récolte du tabac, mais ils sont à la retraite, la dynamique locale s’oriente vers d’autres pôles d’intérêt ! Je suis très proche d’un gros bourg qui s’étend et apporte son influence urbaine. Pour rester intégré dans ce milieu, je m’oriente vers un petit complément de travail salarié, tout en gardant cette structure de base où je trouve mon indépendance et la qualité de vie familiale recherchée.

-  Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait construire un projet similaire.

Je trouve très important de construire son projet dans le cadre de dynamiques locales pour le soutien apporté par les filières concernées et, surtout, pour l’encouragement et l’entraide des voisins. Je mettrais en garde dans le cas d’une installation vraiment seul, avec la difficulté de maîtriser des domaines multiples et le besoin important de main d’œuvre au départ pour tout mettre en place, mon père bénévole m’a bien aidé. Je voudrais aussi insister sur la prudence : investir raisonnablement permet de passer des caps difficiles (et je l’ai vécu avec la sécheresse depuis 2003) et de s’adapter aux évolutions du contexte. Comme j’aurais bientôt tout remboursé, j’ai toute latitude pour ajuster ma structure, je vais louer d’autres surfaces pour faire plus de céréales et arrêter le tabac pour viser plus de disponibilité familiale avec mes jeunes enfants.